Longtemps, la communication du vin s’appuyait sur une logique verticale, héritée de la publicité classique, puis du journalisme spécialisé : il s’agissait d’instruire, d’éduquer ou de séduire un public présumé homogène, mu par une certaine idée du « bon goût » à la française. Le club fermé des initiés, les guides d’achat, la presse papier dictaient en grande partie les tendances. Mais la donne a changé, et plusieurs facteurs convergent aujourd’hui : diversifications sociologiques, montée d’une « culture du choix », banalisation du numérique, émergence de nouvelles sensibilités (écologie, transparence, idéaux de responsabilité).
La prise en compte des publics n’est plus une simple “cible marketing”, mais un processus d’identification fine, presque ethnographique. Il n’existe aucune typologie universelle, mais certains profils se dégagent avec des attentes et usages de communication différenciés :
L’identification des publics suppose une démarche rigoureuse, qui conjugue analyse quantitative (démographie, data comportementale, trafic site, CRM) et observation qualitative (écoute sociale, analyses sémantiques, cartographie des conversations en ligne). Les outils traditionnels sont à compléter d’une veille active des signaux faibles.
Il s’agit, en pratique, d’articuler ces différents niveaux de lecture : une segmentation démographique brute perd son sens si elle n’est pas enrichie par la compréhension des usages médias, des styles de vie, des aspirations et des signes de reconnaissance culturelle propres au vin.
La montée en puissance des plateformes, des réseaux sociaux et des outils d’intelligence artificielle génère un volume inédit de signaux — mais la surabondance ne fait pas la justesse. Le digital facilite :
Cependant, attention aux faux positifs : la viralité n’indique pas systématiquement une adoption ou une conversion profonde. L’essentiel reste de croiser les outils, et de conserver une lecture critique du data : aucun algorithme ne remplace encore l’intelligence contextuelle, l’interprétation culturelle ou la capacité à détecter les signaux faibles qui, souvent, préfigurent les vraies mutations.
Communiquer avec justesse, c’est refuser les discours purement opportunistes ou formatés. La surface des « cibles » ne suffit pas : il s’agit d’embarquer les publics dans une démarche de valeur qui respecte la réalité du vin, sa diversité, ses paradoxes. À titre d’exemple, une même marque s’adressera différemment aux cavistes spécialisés qu’aux jeunes adultes, en modulant ses registres de langage, ses supports et ses dispositifs (dégustations immersives, podcasts, séries YouTube, infographies, newsletters pointues…). Ce qui change, ce n’est pas le fond (identité, vérité singulière du vin), mais la façon de la transmettre, la scénarisation, l’interlocuteur.
Le vin est à la fois un bien de consommation et un référent symbolique, social, voire identitaire. Cette dualité s’exprime dans la complexité, mais aussi dans la richesse des attentes modernes.
Nous observons que les publics attendent moins de « nouveaux discours » que des récits sincères, capables de conjuguer l’héritage et l’inventivité, le terroir et la modernité, la qualité et l’accessibilité. Les stratégies gagnantes naissent, selon nous, de l’écoute active, du croisement des regards, de la capacité à se remettre en cause, preuve que le vin reste un marqueur de civilisation — aussi bien dans l’expérience vécue que dans la façon dont il se raconte et se partage aujourd’hui.
Capter, qualifier, comprendre ses publics n’est donc plus une option, mais un prérequis pour tout communicant du vin qui veut durer et se démarquer dans un paysage numérique saturé, sans jamais renoncer à l’âme du produit.