Pour une maison de négoce engagée à l’export, la “cible” ne peut être réduite à une abstraction. Elle s’incarne dans la diversité des professionnels de la chaîne – du premier importateur au prescripteur final – mais aussi dans la confrontation des usages, des normes et des attentes nationales. L’erreur – fréquente – consiste à borner l’effort de communication à un seul interlocuteur décisif (le buyer, le distributeur), là où la réalité impose une vue polyphonique du marché.
Ajoutons à ce triptyque une constellation de relais : influenceurs digitaux, concours internationaux, chefs d’opinion locaux, plateformes e-commerce, qui imposent à la stratégie de communication d’intégrer souplesse, réactivité et granularité.
Une maison de négoce à l’export affronte une question structurelle : quels éléments de langage sont transférables d’un marché à l’autre ? Où faut-il s’ancrer dans l’universel du vin (authenticité, terroir, savoir-faire), où faut-il au contraire adapter, localiser, traduire – dans tous les sens du terme ? Cette tension dicte, en profondeur, la structure du discours de marque.
Une communication non-adaptée, trop générique ou trop “importée”, aboutit invariablement à la dilution de l’identité de la maison, à la perte de pertinence au regard du marché cible, et à une invisibilité progressive. L’écart entre discours standard et attentes réelles – maintes fois documenté par Wine Intelligence ou IWSR – s’accroît lorsque l’on refuse de contextualiser.
Le récit doit fonctionner à la fois comme socle d’identité et comme trame adaptable. Pour la maison de négoce, qui incarne souvent plus une “marque-ombrelle” qu’une entité vigneronne incarnée, la tension entre cohérence et localisation est majeure. La force du branding repose alors sur :
À cet égard, Les Grands Chais de France offrent un exemple paradigmatique – capable de déployer, selon les marchés, une image institutionnelle ou des storytelling “à la carte”, du trade à l’influence. D’autres – tels que Joseph Drouhin pour la Bourgogne ou González Byass pour le Jerez – parviennent à conjuguer authenticité et adaptabilité sans trahir leur matrice.
La palette des outils n’a jamais été aussi large, mais la tentation de la dispersion est réelle. La maison de négoce performante à l’export privilégie la logique d’écosystème, plutôt qu’une approche atomisée :
La clé réside dans la cohérence des messages sur l’ensemble des points de contact : il ne s’agit pas seulement de “faire savoir” mais d’incarner durablement la promesse de marque à chaque seuil de la chaîne export, depuis le stand de salon jusqu’au fil Instagram localisé.
Si l’on observe les trajectoires réussies comme les incompréhensions flagrantes, on identifie plusieurs constantes :
Face à une volatilité croissante des marchés (géo-politiques, logistiques, fiscales), le succès réside dans une capacité à (se) remettre en question, à observer le terrain, à tester des formats sans perdre l’ossature du récit.
Finalement, la communication d’une maison de négoce exportatrice se nourrit d’une double exigence : fidélité à une identité propre et faculté d’ouverture à des attentes multiples. L’effort ne réside pas seulement dans l’adresse à une “cible” définie, mais dans la capacité à tisser une mosaïque de dialogues, d’adapter la granulosité du discours sans céder à la fragmentation ni à la standardisation.
Ce lien, fragile et tenace, est ce qui fait du vin un produit culturel avant d’être une marchandise. À l’export – plus que partout ailleurs – c’est la capacité de la maison à faire sens, à incarner sa différence dans l’altérité, qui assure la légitimité, la désirabilité et la pérennité de son positionnement. Observer, analyser, interroger sans relâche – c’est aussi la place singulière du communicant du vin à l’ère digitale.