La plus ancienne forme de communication autour du vin n’est pas écrite, mais orale, et s’inscrit dans le registre du mythe, de la célébration et de la transmission rituelle. Dès l’Antiquité, le vin occupe une place centrale dans les différentes sociétés méditerranéennes : il structure des relations sociales, religieuses, commerciales. La fève de l’oralité – banquets, symposiums, libations – agit d’abord comme un support vivant du récit : chanson à boire, proverbes, mythes initiatiques, tout cela forme les premières matrices de légitimation du produit-vin.
Jusqu’au XVIIIe siècle, le vin continue à circuler principalement par le biais de ces transmissions orales et de récits véhiculés par des minorités lettrées ou des corporations religieuses (chants monastiques, chroniques, sermons). La communication, avant d’être médiatisée, est un acte social partagé, rarement marchandisé mais déjà stratégique dans la construction des réputations locales.
La mise par écrit du savoir viticole accompagne le processus d’alphabétisation européenne au Moyen Âge et à la Renaissance. Deux axes principaux émergent : la réglementation (ordonnances, édits) et l’expertise marchande.
On observe alors une montée en puissance d’un discours de compétence, réservé à une élite commerciale ou nobiliaire, sans véritable souci de toucher les masses.
L’ère de l’imprimé (XVIe–XVIIIe siècle) bouleverse en profondeur la communication du vin : l’étiquette fait son apparition, suivie des premières formes d’annonces publicitaires, de catalogues et de guides.
Ce glissement de l’oralité à l’imprimé fait entrer le vin dans l’ère de l’image commerciale. Le support, tout en véhiculant une promesse (château, terroir, millésime), introduit une nouvelle poétique du récit : le vin n’appartient plus seulement au terroir, mais à l’univers de la marque et du désir. La tension entre tradition et modernité, entre information et persuasion, est désormais posée.
À la fin du XIXe siècle, avec la généralisation de la presse, naît une autre révolution : le vin devient un objet de média à part entière. On voit émerger plusieurs supports alors inédits :
Avec la presse – qu’elle soit généraliste, spécialisée, régionale ou mondaine – le vin s’invite dans le débat public, ses enjeux environnementaux, culturels ou commerciaux y étant discutés bien au-delà des sphères expertes. La médiatisation du vin s’installe dans une dialectique : expertise vs. accessibilité, industrie vs. art de vivre.
Au XXe siècle, un autre modèle de support s’affirme : celui de la rencontre, de l’événement, du contact direct. Le vin, produit souvent dissocié de son public final par l’intermédiaire de la distribution, trouve ainsi à se raconter dans les salons, foires et concours.
Ces dispositifs réaffirment la dimension expérientielle du vin, dans un contexte où les autres supports (affiches, presse) restent unidirectionnels. Ils contribuent à remettre l’humain, l’échange et la pédagogie au cœur de la démarche, tout en servant d’accélérateur de notoriété et de prescription.
Dès la seconde moitié du XXe siècle, radio et surtout télévision propulsent le vin à un autre niveau de visibilité : reportages, documentaires, jeux télévisés (le fameux « Questions pour un champion du vin » sur France 3 dans les années 1980), émissions culinaires. Là encore, la structuration du message ne va pas sans tensions :
L’histoire des supports de la communication vitivinicole est donc celle d’une constante tension entre fidélité au terroir et nécessité d’intervention médiatique, entre transmission du savoir et injonction à la visibilité. On retiendra :
Ce rapide panorama invite à repenser le rapport du vin à ses récits et à ses publics, en évitant les oppositions binaires entre tradition et innovation. S’il existe une histoire des supports, c’est parce que chaque époque a su, à sa manière, ouvrir ou fermer le dialogue entre producteurs, prescripteurs et consommateurs. Il ne s’agit plus seulement de “communiquer” mais de s’inscrire dans une continuité de récits, de formats et d’ancrages sociaux.
La compréhension fine de cette généalogie – sans nostalgie mais sans table rase – constitue, selon nous, une condition essentielle pour envisager lucidement l’avenir de la communication des vins à l’ère de l’hyper-médiatisation et de la fragmentation numérique.