Avant de questionner sa place dans la communication vitivinicole, il importe de clarifier ce que ce secteur entend par “culture du vin”. L’expression recouvre en effet plusieurs acceptions :
Chacune de ces strates informe, hystérise ou freine les comportements de communication. Les marques oscillent ainsi entre le besoin de s’ancrer dans la tradition, l’exigence d’émerger par la narration et la nécessité de s’adresser à des publics nouveaux ou changeants – parfois au risque du télescopage de ces modèles.
Dans le discours vitivinicole contemporain, la culture est souvent mobilisée comme une preuve d’authenticité. Les chiffres de l’INAO et du Comité National des Appellations révèlent par exemple que 70% des dossiers de reconnaissance d’AOC/AOP intègrent aujourd’hui une dimension narrative liée à l’histoire ou au terroir. Mais ce recours massif à la tradition pose de nouveaux problèmes.
À l’inverse, la culture du vin, si elle est interrogée, réinterprétée et contextualisée, peut au contraire révéler une force de différenciation et renforcer l’attachement émotionnel aux marques. L’exemple du domaine Gramenon dans la Vallée du Rhône, qui articule tradition paysanne et engagement écologique fondé sur les valeurs de transmission mais aussi d’expérimentation, montre qu’il est possible de reconfigurer la culture viticole sans tomber dans la redite.
Si le storytelling patrimonial reste majoritaire, l’essor du digital bouscule la manière dont la culture du vin s’exprime et circule. Les nouveaux formats (podcasts, stories, lives, vidéos courtes) et les usages communautaires génèrent une hybridation des codes culturels traditionnels, créant de nouveaux territoires de récit.
Ce phénomène, documenté par la 12e étude SOWINE/Dynata 2023, révèle que pour la tranche 25-40 ans, 45% des actes d’achat sont influencés par des contenus digitaux liés à la culture du vin (histoire, anecdotes, valeurs), loin devant les simples notes ou médailles.
Le branding vitivinicole contemporain s’approprie la culture du vin sous au moins trois modalités :
Cette appropriation, si elle n’est pas maîtrisée, comporte toutefois des risques :
Quel rôle la culture du vin peut-elle jouer pour la communication de demain ? Nous plaidons pour une troisième voie, fondée sur :
Des initiatives récentes d’organisations telles que le Syndicat des Vignerons Indépendants ou des châteaux bordelais à taille humaine montrent que la co-construction de campagnes mêlant vieux récits et nouveaux usages (ateliers live, cartes interactives, contenus éducatifs et participatifs) peut revitaliser l’approche culturelle – sans tomber dans le pastiche.
Les évolutions sociétales et réglementaires – montée des exigences RSE, pression sanitaire, quête de diversité – poussent les professionnels à réinterroger leur rapport à la culture du vin. La nouvelle génération, moins attachée au vernis du prestige qu’à la cohérence et à la sincérité, bouleverse les codes du récit. Les études menées par Vin & Société comme par l’OIV sont sans appel : la “culture du vin” n’appartient plus seulement à des happy few, elle cherche des relais dans la société civile, l’écologie, la consommation éclairée, et fait face à la nécessité de parler vrai.
Le défi pour la communication vitivinicole n’est plus tant de préserver la culture du vin (au sens conservateur ou esthétisant du terme), que d’en faire une force mobilisatrice, évolutive et, surtout, dialogique. Le vin ne se raconte plus ; il se raconte ensemble, en circulant entre mémoire et invention, science et expérience, textes et images, Europe et monde.
La culture du vin dans la communication de marque : ni vernis, ni simple héritage, mais un tremplin. Reste à choisir – et assumer – l’angle, le ton, la densité, pour réinventer le récit sans le trahir.