Longtemps, la plaquette commerciale fut synonyme de “première impression” dans le secteur vinicole. Associée au prestige d’une impression soignée, à la matérialité du papier et à la présence au creux de la main du potentiel acheteur, elle a parfois incarné à elle seule la légitimité d’un domaine, notamment à l’export ou auprès d’acheteurs institutionnels (cavistes, sommeliers, journalistes spécialisés).
On retrouve ici une tradition née dans les années 1990, renforcée avec l’ouverture des marchés internationaux et transformée par l’émergence d’outils graphiques accessibles. Toutefois, durant la même période, le constat d’une standardisation s’impose : multiplication des formats “catalogue”, usages détournés (de la simple fiche produit à la présentation purement institutionnelle).
L’évolution des comportements de lecture, comme l’essor de nouvelles logiques transactionnelles, mettent aujourd’hui la plaquette commerciale sous pression. Plusieurs limites sont à noter :
Les chiffres issus du Baromètre Sowine/Dynata 2023 corroborent cette évolution : 61 % des prescripteurs affirment rechercher d’abord l’information sur le digital, contre 15 % qui jugent “indispensable” le support print en premier contact. Cette bascule exige de repenser la place de la plaquette dans l’articulation des outils de communication.
Il serait pourtant réducteur d’enterrer la plaquette commerciale dans l’arsenal des outils obsolètes. Des espaces stratégiques demeurent où son usage ajoute une valeur difficilement remplaçable :
Dans certains marchés, notamment l’export hors Union Européenne, la matérialité du support reste hautement valorisée pour des raisons de normes commerciales ou de différentiel culturel (cf. institutionnalisation du support lors des salons en Asie ou en Amérique du Nord, source : Business France, Guide Export Vins 2022).
La plaquette commerciale demeure pertinente lorsque pensée comme un élément de l’écosystème de marque, et non un artefact isolé. Cela suppose de repenser sa chaîne de valeur autour des axes suivants :
Des initiatives récentes, comme la refonte des supports print du Domaine Leflaive ou la série de portfolios édités par Château Palmer, montrent que la plaquette n’a pas vocation à tout dire, mais à mettre en scène un récit qui se prolonge — voire s’approfondit — sur les médias numériques.
Ne pas produire de plaquette commerciale — ou le faire savoir — constitue pour certains une signature. Des domaines ultraconfidentiels ou cultivant la rareté, tels certains grands crus bourguignons ou champenois, optent pour le “zéro support” comme revendication d’un modèle d’exclusivité. À l’inverse, l’absence non réfléchie est parfois perçue comme un manque de professionnalisme ou une faille organisationnelle.
Tout est ici question de cohérence globale : le choix de ne pas produire de plaquette ne peut être séparé de la manière dont la marque orchestre ses autres points de contact. Ce qui importe, ce n’est pas tant la présence ou l’absence du support que l’intention qui la motive et sa capacité à servir une expérience juste pour la cible.
Dans un monde où la digitalisation pousse à la fois à la fluidité, à la personnalisation et à l’instantanéité, la place de la plaquette commerciale doit être arbitrée avec discernement. Elle n’a jamais été aussi “fragile” – susceptible d’être reléguée au rang du gadget – mais elle n’a peut-être jamais eu autant de potentiel, à condition de choisir la singularité contre la redite, la qualité contre la quantité, la narration contre la litanie technique. Repenser la plaquette, c’est réhabiliter les valeurs du récit, du sens, de la matérialité maitrisée dans une stratégie globale ouverte sur les nouveaux usages. La question n’est plus de savoir si le support survivra : elle consiste à lui donner une vie qui vaille la peine d’être vécue.